Un appel paraît venir d'un particulier, d'une banque ou d'une administration, mais le numéro affiché peut avoir été usurpé. Cette manipulation, appelée spoofing, demande de distinguer le titulaire du numéro et la personne qui parle. Un résultat d'annuaire ne suffit pas à faire ce lien.
Qu'est-ce que le spoofing ?
Le spoofing téléphonique consiste à masquer le numéro réellement utilisé pour afficher celui d'une autre personne ou organisation. Un fraudeur peut ainsi donner à son appel l'apparence d'un contact connu ou d'une entité de confiance. Selon Service Public, un logiciel spécialisé permet notamment d'afficher des numéros mobiles de particuliers, sans que ceux-ci soient à l'origine des communications.
Le titulaire peut donc être étranger à l'appel que vous avez reçu. Si vous retrouvez son nom, gardez cette distinction à l'esprit : vous avez identifié un numéro, pas nécessairement l'auteur de la sollicitation. Décrivez ce que l'appelant a dit plutôt que d'attribuer ses propos à la personne trouvée dans l'annuaire.
L'authentification des numéros
La loi du 24 juillet 2020 impose aux opérateurs d'authentifier le numéro d'appelant et de couper les appels dont le numéro n'est pas correctement authentifié. Le mécanisme d'authentification des numéros, ou MAN, repose sur des informations transmises entre opérateurs. Sa généralisation progressive a débuté en octobre 2024.
L'Arcep explique cette traçabilité : les opérateurs doivent transmettre les informations permettant d'identifier celui qui a émis l'appel. Leur coopération permet de rechercher après coup l'origine d'appels frauduleux. Le dispositif n'autorise cependant pas à considérer tout affichage comme une preuve suffisante : les signalements d'usurpation montrent que des fraudes persistent.
« Numéro masqué » depuis 2026
Depuis le 1er janvier 2026, les opérateurs doivent masquer les numéros mobiles français non authentifiés lors d'appels provenant de l'étranger. L'application à Saint-Martin est reportée au 1er janvier 2028. La difficulté technique concerne notamment la distinction entre un appel légitime d'un abonné en itinérance et un appel qui utilise frauduleusement un numéro mobile français.
L'affichage « numéro masqué » peut donc avoir deux explications : l'appelant a volontairement caché son numéro, ou son numéro n'a pas pu être authentifié pour des raisons techniques. Cela ne permet pas, à lui seul, de décider si l'appel est légitime ou frauduleux. Restez attentif au contenu de la conversation, sans transformer ce libellé en verdict.
Des signalements en forte hausse
Dans son communiqué du 29 janvier 2026, l'Arcep rapporte 531 signalements d'usurpation sur « J'alerte l'Arcep » en 2023, contre plus de 19 000 en 2025. Elle a ouvert une enquête administrative auprès de l'ensemble des opérateurs attributaires de numéros pour comprendre l'origine et l'acheminement de ces appels et vérifier les obligations d'authentification.
Dans son rapport d'activité 2025, Cybermalveillance.gouv.fr fait état d'une hausse de 517 % pour l'usurpation de numéro et de 159 % pour la fraude au faux conseiller bancaire dans ses demandes d'assistance. Ces indicateurs décrivent l'activité du dispositif ; ils ne constituent pas un décompte de tous les appels frauduleux en France. Ne les confondez pas non plus avec les signalements reçus par l'Arcep.
Votre numéro a-t-il été usurpé ?
Un signe possible est une augmentation de rappels d'inconnus affirmant que vous avez essayé de les joindre. Votre numéro peut avoir été utilisé à votre insu ; les destinataires rappellent alors après avoir vu un appel manqué. Ce signe invite à envisager une usurpation, sans suffire à établir à lui seul ce qui s'est produit.
Pour décrire la situation, notez les dates, la fréquence des rappels et ce que les interlocuteurs vous rapportent. Séparez vos propres appels des appels qu'ils disent avoir reçus. Si vous consultez ou renseignez un avis, gardez une formulation prudente : un numéro affiché peut appartenir à une personne qui subit elle aussi la fraude.
Faux appels « de l'Arcep »
Dans son alerte du 3 novembre 2025, l'Arcep décrit une mise en scène précise : des individus prétendent appeler de sa part pour annoncer une usurpation d'identité, puis simulent un transfert vers la police afin de recueillir des informations personnelles.
Face à ce scénario, l'Arcep recommande de raccrocher. Ne transmettez pas de copie de vos documents d'identité et n'indiquez pas vos absences du domicile. En cas de doute, vérifiez vous-même l'identité de votre interlocuteur auprès de la police ou de la gendarmerie. L'annonce d'une usurpation ne rend pas l'appel authentique.
Ce que l'annuaire inversé ne peut pas dire
La recherche d'un numéro et l'authentification d'un appel répondent à deux questions différentes. La première concerne le numéro affiché ; la seconde concerne son utilisation pendant la communication. N'accusez donc pas un titulaire sur la seule base d'un résultat ou de plusieurs appels indésirables.
La localisation ne tranche pas davantage : depuis le 1er janvier 2023, un numéro fixe en 01 à 05 peut être utilisé partout en métropole. L'Arcep rappelle aussi que la localisation affichée sur un mobile dépend du fournisseur du système d'exploitation. Consultez la page géolocalisation pour interpréter cet indice avec prudence.